Green IT ou l'intégration de la RSE dans les Technologie de l'Informatique et de la Communication (TIC)

Lorsque l'on parle de RSE, on prend malheureusement encore trop peu en compte l'impact des TIC. Et pour cause, cet impact négatif est en grande partie "invisible". Pourtant, les TIC ont une empreinte environnementale et sociale loin d'être négligeable. En témoignent les quelques données suivantes : 

  • Un phénomène d’obésiciel en accélération : le poids moyen d’une page web est passé de 14Ko en 1995 à plus de 1600 Ko en 2015.
  • A minima, environ 44 millions de serveurs stockent et traitent les données internet (centres de données partagées + centres de données et salles info privées des entreprises + méga data centers des géants du Web).
  • Si Internet était un pays il serait le 3ème consommateur mondial d’électricité.
  • L'informatique génère 2 % des émissions de CO2 liées à l'activité humaine. Autant que l'ensemble de la flotte aérienne mondiale !
  • Le coût énergétique peut aujourd'hui représenter jusqu'à 40 % du budget informatique global d'une entreprise
  • La consommation énergétique du numérique augmente de 8,5% par an et sa part dans la consommation mondiale d'électricité (elle même en croissance de 2% par an) pourrait atteindre 20% (scénario modéré) ou 50% (scénario pessimiste) en 2030.
  • Pour 1€ dépensé dans l'achat d'un ordinateur, il faut dépenser en plus 50 centimes en énergie. Et pour le même ordinateur il faudra prévoir 71 centimes dans 4 ans

Or, la notion de Green IT n'est apparue qu'en 2005 et sa définition officielle française date de juillet 2009. Ainsi, le Journal officiel de la République française définit les éco-Techniques de l’Information et de la Communication (éco-TIC) comme étant "des techniques de l'information et de la communication dont la conception ou l'emploi permettent de réduire les effets négatifs de l'activité humaine sur l'environnement".

On voit bien que presque tout reste à faire dans le domaine, vu le développement exponentiel de l'utilisation des TIC dans nos vies quotidiennes, à travers les outils informatiques (ordinateurs, téléphones...) mais aussi à travers les objets connectés, la domotique et l'Intelligence Artificielle (IA).

Heureusement, de bonnes initiatives sont lancées comme le livre blanc "Numérique et environnement" réalisé en 2018 par un groupe de travail réunissant des spécialistes du Green IT.pour "faire de la transition numérique un facteur de la transition écologique". Ci joint le lien pour le télécharger : https://www.iddri.org/fr/publications-et-evenements/rapport/livre-blanc-numerique-et-environnement 

Ce livre blanc fait l'objet de 26 propositions dans 4 pôles : 

  • Réduire l'empreinte écologique du numérique
  • Utiliser le numérique pour concevoir les politiques écologiques
  • Soutenir l'innovation numérique en faveur de l'écologie
  • Mobiliser le potentiel des données au service de la transition écologique

Espérons que cela inspirera le gouvernement mais aussi les entreprises à intégrer une stratégie de Green IT, qui permet de limiter l'impact environnemental tout en réalisant des économies financières non négligeables comme le montre l'exemple d'Orange qui a été le premier opérateur français certifié ISO 14001 (environnement) et 50001 (énergie) pour son engagement environnemental. Ils ont (je cite) "réduit de 50% leurs émissions de CO2 par usage client depuis 2006, diminué leur consommation d'énergie de 40% en 10 ans dans leur bâtiments et maîtrisé celle liée à leurs réseaux malgré l'explosion des usages". Il est facile d'imaginer les économies financières qui en ont découlé...

Une autre initiative à destination des programmeurs/codeurs a été réalisée et coordonnée par Frédéric Bordage qui a publié un référentiel : "Eco-conception web : les 115 bonnes pratiques" pour "doper son site et réduire son empreinte écologique". Il y présente clairement et concrètement (avec des exemples) les bonnes pratiques permettant d'améliorer les codes des sites, applications... Il est disponible en format livre (au prix de 12 euros) ou en format digital (au prix d'environ 8,5 euros selon les plateformes de téléchargement). A mettre entre toutes les mains des codeurs/programmeurs.

Il ne faut pas oublier le volet social des TIC. En effet, les matériaux nécessaires à la fabrications des smartphones, des ordinateurs, etc. sont issus de mines qui peuvent être (et c'est malheureusement souvent le cas) exploitées par des enfants et/ou avec du travail forcé, des rémunérations faibles, des conditions de travail déplorables (absence de sécurité...)... Sans compter les minerais de conflits qui concernent le tantale, l'étain, l'or... La transparence est encore à faire dans ce domaine.

Il existe une société qui a montré l'exemple dans le domaine : Fairphone (www.fairphone.com) qui essaie d'être la plus transparente possible concernant la provenance des matériaux nécessaire à la fabrication de ses smartphones.

Pour finir, je constate qu'une prise de conscience est grandissante puisque deux établissements d'enseignement supérieur nantais formant des ingénieurs informatiques m'ont demandé d'animer un cours sur le sujet. Ils ont été très intéressés et m'ont semblé très au fait de la situation préoccupante en lien avec l'impact environnemental des TIC. Donc rien n'est perdu...